Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a annoncé le 8 avril 2026 la mise en place d'un « bouton d'alerte » permettant aux employeurs de solliciter directement la Caisse nationale d'Assurance maladie pour déclencher des contrôles en cas d'absence jugée « douteuse ». Si la CFTC-EPR prend acte de la réalité du coût des arrêts de travail pour la Sécurité sociale, elle refuse que les personnels de l'Éducation nationale soient traités comme des suspects.
Pour la CFTC-EPR, avant de donner des chiffres bruts, il est important de notifier le contexte professionnel... En effet, avant de brandir les statistiques, neuf millions d'arrêts par an, 18 milliards d'euros, encore faut-il s'interroger sur leurs causes. Les enseignants, les personnels administratifs, les agents techniques et les personnels de direction exercent des métiers soumis à des contraintes spécifiques et croissantes : surcharge de travail, classes surchargées, injonctions administratives multipliées, violences en milieu scolaire, conditions d'exercice dégradées, réformes successives sans accompagnement réel. L'absentéisme, quand il existe, est bien souvent le symptôme d'un système sous tension, pas celui d'une culture de la fraude.
Pour la CFTC-EPR, le « bouton d'alerte » est un outil de défiance et non de prévention ! La CFTC-EPR accueille favorablement toute démarche de prévention sincère. Mais le « bouton d'alerte » est d'une toute autre nature : il institutionnalise la suspicion de l'employeur vis-à-vis du salarié malade. Dans la Fonction publique, et plus particulièrement dans l'Éducation nationale, il introduit un rapport de défiance qui va à rebours des principes statutaires et de la protection constitutionnelle du droit à la santé.
Un agent en arrêt de travail n'est pas, par définition, un fraudeur. Il est malade. Et le regard de défiance que cet outil organise aggravera les situations de mal-être, fera peser une pression supplémentaire sur des personnels déjà fragilisés, et dissuadera des agents de se soigner convenablement, au risque d'aggraver leur état et d'allonger, in fine... les absences.
La CFTC-EPR s'oppose à toute nouvelle journée de carence. Le ministre déclare que « toutes les pistes sont ouvertes » concernant l'allongement des jours de carence, tout en affirmant que la décision passera par les partenaires sociaux. La CFTC-EPR prend acte de cet engagement, et entend bien y être associée. Mais elle rappelle avec force que les agents publics subissent déjà un régime de carence plus défavorable que le secteur privé dans de nombreuses configurations. Tout allongement supplémentaire constituerait une double peine infligée à des personnels dont les salaires ont été durablement comprimés.
Face à ces annonces, la CFTC-EPR formule des exigences claires :
. Traiter les causes, pas les symptômes. Toute politique sérieuse de réduction de l'absentéisme passe par l'amélioration réelle des conditions de travail, la revalorisation des métiers et la prise en charge effective des risques psychosociaux. En ce sens, il y a nécessité de prendre attache auprès des municipalités pour que le bâti scolaire soit leur priorité, afin de trouver des solutions immédiates pour trouver des améliorations rapidement des conditions de travail des agents. Dans cette avancée, la CFTC-EPR demande une évaluation transparente et contradictoire des causes réelles de l'absentéisme dans le secteur éducatif.
. Garantir les droits statutaires. Le droit à la maladie, protégé par le statut de la Fonction publique, ne saurait être soumis à une logique de surveillance inspirée du secteur privé.
. Associer réellement les organisations syndicales à l'analyse des causes . La CFTC-EPR exige d'être entendue, en amont, sur toute mesure touchant aux conditions d'exercice et à la protection sociale des personnels de l'Éducation nationale.
La CFTC-EPR continuera de défendre, avec détermination et méthode, les droits et la dignité de tous les personnels de l'Éducation nationale et de la Recherche.


