Déclaration liminaire – CFTC Enseignement Public et Recherche au CSA de l'Académie de la Réunion en date du 4 février 2026
"Monsieur le Recteur,
Mesdames et Messieurs les membres du Comité social d’administration, Chers collègues,
Avant toute chose, la CFTC Enseignement Public et Recherche Réunion souhaite exprimer son émotion profonde et sa vive consternation à la suite de l’agression d’une professeure de collège à Sanary-sur-Mer, grièvement blessée après avoir été poignardée par un élève.
Nous lui adressons, ainsi qu’à sa famille, à ses proches et à toute la communauté éducative, notre solidarité la plus entière.
Nos pensées vont également aux élèves et aux personnels témoins de cette violence inouïe, qui restera durablement gravée dans les mémoires et qui nécessitera un accompagnement humain et psychologique sur le long terme.
Cet événement dramatique nous rappelle une vérité simple, essentielle : aucun enseignant, aucun personnel, ne devrait craindre pour sa vie en exerçant sa mission.
Le symbolisme de la salle dans la quelle nous travaillons ce jour, la salle Samuel Paty, nous rappelle combien nombreux sont les enseignants qui ont payé de leur personne.
Nous venons travailler pour transmettre des savoirs, former des citoyens, accompagner des jeunes vers leur avenir.
Nous ne venons pas travailler dans la peur.
Assurer la sécurité, le respect et la protection des personnels n’est pas une option : c’est une obligation morale et institutionnelle. L’École ne peut remplir sa mission que si celles et ceux qui la font vivre sont reconnus et protégés.
Cette exigence de protection et de considération doit également guider les choix budgétaires et organisationnels qui nous occupent aujourd’hui.
Le ministère a confirmé la suppression de 4 000 postes d’enseignants pour la rentrée 2026, dont plus de 2 200 dans le premier degré, dont 22 dans notre académie, et environ 1 800 dans le second degré, dont 64 à la Réunion.
Certes, la démographie évolue. Certes, le nombre d’élèves baisse.
Mais pour la CFTC, une politique éducative ne peut se résumer à une logique comptable.
Moins d’élèves ne doit pas signifier moins d’École.
Moins d’élèves devrait signifier mieux d’École.
La baisse des effectifs ne traduit pas une baisse des difficultés.
Cette période pourrait être une opportunité historique : réduire les effectifs par classe,
renforcer l’accompagnement des élèves les plus fragiles, améliorer l’inclusion, consolider les remplacements, soutenir les territoires ruraux et l’éducation prioritaire.
Au lieu de cela, nous constatons trop souvent des suppressions mécaniques de postes, qui fragilisent les équipes, dégradent les conditions de travail et nuisent à la qualité du service public.
La CFTC défend une approche responsable et équilibrée :
. ne pas traduire automatiquement la baisse démographique par des suppressions de postes ;
. garantir l’équité territoriale ;
. préserver un vivier suffisant de remplaçants ;
. investir dans l’attractivité des métiers ;
. augmenter les recrutements d’AESH garantissant une meilleure inclusion scolaire
. et surtout, construire les décisions dans une véritable concertation.
Car le dialogue social ne doit pas être une formalité. Il doit être une méthode.
Or, nous souhaitons également alerter sur le fonctionnement actuel du dialogue social dans notre académie.
Nous constatons que des informations relatives aux dotations horaires globales sont transmises aux établissements avant même leur étude en instance.
Nous constatons que certaines écoles sont déjà informées de fermetures de postes alors que les groupes de travail ne sont pas encore programmés.
Ces pratiques questionnent, fragilisent la confiance, donnent le sentiment que les décisions sont déjà arrêtées et vident nos instances de leur sens.
Pour la CFTC, les partenaires sociaux ne sont pas de simples chambres d’enregistrement, ce sont des acteurs légitimes, porteurs de l’expertise du terrain.
Le respect du calendrier, la transparence des informations et la sincérité des échanges sont des conditions indispensables d’un dialogue social de qualité.
Dialoguer, ce n’est pas seulement informer : c’est écouter, co-construire, parfois ajuster.
C’est cette conception exigeante mais constructive que la CFTC continuera de défendre.
Parce que derrière chaque poste supprimé, il y a une équipe fragilisée.
Derrière chaque décision précipitée, il y a des personnels inquiets.
Et derrière chaque choix budgétaire, il y a des élèves.
L’École n’est pas une variable d’ajustement.
C’est un investissement pour l’avenir, un investissement à long terme.
La CFTC restera donc force de proposition, fidèle à ses valeurs de justice, de responsabilité et d’humanisme, pour construire, avec vous, une École plus protectrice pour ses personnels et plus ambitieuse pour ses élèves."


