Le ministère de l’Éducation nationale envisage de revoir l’organisation des 108 heures annuelles des professeurs des écoles.
Présenté comme un moyen de donner davantage de « souplesse » aux écoles, le projet de décret présenté aux organisations syndicales le 22 septembre prévoit de remplacer plusieurs volumes horaires fixes par des fourchettes, tout en maintenant le total annuel à 108 heures.
Ce projet envisagerait désormais :
- 24 à 42 heures d’APC, contre 36 heures actuellement ;
- 36 à 48 heures pour le travail en équipe et les relations avec les familles, contre 48 heures actuellement ;
- 18 à 30 heures de formation et d’animations pédagogiques, contre 18 heures actuellement ;
- 6 heures de conseils d’école, sans changement.
Le total resterait fixé à 108 heures.
Pour la CFTC-EPR, ce n’est pas la bonne réponse !
Effectivement, l’organisation actuelle des 108 heures doit être repensée. Dans de nombreuses écoles, elles sont devenues au fil des années un véritable fourre-tout institutionnel, dans lequel viennent s’accumuler formations, réunions, concertations, rencontres avec les familles, suivi des élèves, projets et obligations diverses !
Mais réformer les 108 heures ne doit pas conduire à augmenter le temps d’APC ou à réduire celui consacré au travail collectif des équipes.
C’est précisément l’inverse dont les écoles ont besoin.
Pour la CFTC-EPR, le temps de concertation doit être renforcé, pas réduit !
Répondre aux difficultés des élèves, construire un projet pédagogique, travailler l’inclusion, échanger avec les familles, préparer une équipe éducative, assurer la continuité entre les cycles ou simplement réfléchir collectivement aux réponses à apporter aux difficultés rencontrées nécessitent du temps de concertation !
Ce temps manque déjà.
Permettre de faire passer le travail en équipe et les relations avec les familles de 48 heures à seulement 36 heures serait donc, pour la CFTC-EPR, un mauvais signal.
Une école efficace a besoin d’enseignants qui puissent travailler ensemble, analyser les difficultés et construire collectivement des réponses adaptées à leurs élèves. C’est aussi cela, mettre l’humain au cœur de l’École.
Pour la CFTC-EPR, le fait de porter les APC jusqu’à 42 heures annuelles ne répond pas aux besoins prioritaires des écoles.
Nous demandons au contraire que la question de leur suppression soit réellement posée… Multiplier quelques minutes ou quelques heures supplémentaires devant des élèves déjà présents en classe toute la journée ne peut constituer l’unique réponse aux difficultés scolaires.
Les équipes pédagogiques ont déjà un temps d’enseignement statutaire particulièrement important : les données publiées par le ministère situent ce volume à 900 heures par an, parmi les plus élevés des pays européens comparés.
La priorité doit donc être donnée au temps permettant aux enseignants de préparer, concerter, différencier et construire des réponses adaptées, plutôt qu’à une augmentation supplémentaire du temps de présence devant élèves.
La CFTC-EPR dit oui à la formation, mais uniquement à une formation utile et sur le temps scolaire !
Se former est indispensable dans un métier qui évolue. Cependant, la formation doit répondre aux besoins exprimés par les personnels et aux problématiques réellement rencontrées dans les classes et les écoles.
Porter le plafond de formation de 18 à 30 heures ne doit pas devenir un moyen d’imposer davantage de formations descendantes, de constellations ou de résidences pédagogiques sans lien avec les priorités identifiées par les équipes.
Pour la CFTC-EPR, lorsqu’une formation est nécessaire à l’exercice du métier et décidée par l’institution, elle doit pouvoir être organisée sur le temps scolaire, avec les moyens de remplacement nécessaires.
Il est primordial de revenir à l’essentiel : la formation doit être un outil au service des personnels et des élèves, pas une contrainte supplémentaire ajoutée à une charge de travail déjà importante.
La CFTC-EPR demande à faire confiance aux équipes : le principe de subsidiarité doit s’appliquer à l’École !
La CFTC-EPR place la subsidiarité parmi ses valeurs fondamentales : les décisions doivent pouvoir être prises au plus près des personnes directement concernées, lorsqu’elles sont les mieux placées pour apprécier la réalité d’une situation. Ce principe doit pleinement trouver sa place dans l’organisation des 108 heures.
Qui connaît mieux les besoins d’une école que son équipe pédagogique ?
Les réalités ne sont pas les mêmes dans une école rurale, une école en éducation prioritaire, une école confrontée à de fortes problématiques d’inclusion ou une école rencontrant des difficultés particulières dans ses relations avec les familles.
La souplesse annoncée par le ministère n’a donc de sens que si elle devient une véritable liberté laissée aux équipes.
Les 108 heures doivent rester prioritairement sous la responsabilité des équipes pédagogiques afin qu’elles puissent organiser leur travail en fonction des besoins réels de leur école.
Il ne serait pas acceptable de parler d’« autonomie » tout en permettant, demain, d’imposer localement 30 heures de formation ou 42 heures d’APC.
Il est nécessaire de repenser les 108 heures, mais autrement.
Pour la CFTC-EPR, une réforme ambitieuse des 108 heures devrait partir d’une question simple : de quoi les enseignants ont-ils réellement besoin pour mieux exercer leur métier et faire réussir leurs élèves ?
La réponse de la CFTC-EPR est claire, les enseignants ont besoin de temps :
- Du temps pour travailler ensemble.
- Du temps pour rencontrer les familles.
- Du temps pour construire les réponses pédagogiques.
- Du temps pour l’inclusion.
- Du temps pour préparer et accompagner les élèves qui en ont le plus besoin.
- Du temps pour se former lorsque cette formation répond réellement aux besoins du terrain.
Il est temps de stopper les décisions sans concertation avec les agents qui sont sur le terrain ! Défendre la qualité du service public d’éducation, ce n’est pas multiplier les prescriptions. C’est faire confiance aux professionnels qui le font vivre chaque jour.
La CFTC-EPR défend un syndicalisme constructif, exigeant et profondément humain. Nous sommes prêts à discuter d’une nouvelle organisation des 108 heures, mais celle-ci doit améliorer concrètement les conditions de travail des personnels et le fonctionnement des écoles.